jeudi 19 mars 2009

Programme de travail & informations du 19.03.09

Aspects du biographique français contemporain

Propositions de sujets pour l’évaluation (écrit)

A rendre pour le 6 mai au plus tard


Au choix :

A. Essai littéraire portant sur deux œuvres (introduction problématisée, développement argumenté avec références précises aux textes, conclusion. Maximum 6 pages) sur l’un de ces sujets:

1. La question de l’identité dans les deux œuvres.

2. La question du nom propre dans les deux œuvres.

3. La question du genre dans les deux œuvres : à quel(s) genre(s) littéraire (s) appartiennent ces œuvres ?

4. Le choix du minuscule dans deux œuvres.


B. Explication de textes comparée, portant sur des extraits de trois œuvres : sélectionner un extrait de 20 à 30 lignes dans chacune des trois œuvres choisies, poser une problématique commune autour du biographique, organiser un commentaire en 3 parties des extraits choisis en les comparant.


C. Essai philosophique (équivalent d’une dissertation): la question du biographique et de l’identité à partir des textes de P. Bourdieu (« L’illusion biographique »), C. Rosset (Loin de moi, étude sur l’identité) et J.L. Nancy (L’Intrus). Exemples pris dans les œuvres que vous avez lues dans la liste proposée.



Pour la semaine prochaine, je vous propose de préparer (explication de texte) le texte de Pierre Michon, extrait des Vies minuscules, qui a été distribué aux derniers cours. Vous pouvez m’envoyer vos travaux par mail, ou me poser toutes les questions que vous souhaitez. Quelles que soient les circonstances, je serai dans le hall d’entrée de la fac mercredi prochain, 25 mars, à 10h.

Anouchka Vasak

                                                                                                              

Source: Courrier électronique d'Anouchka Vasak - 19.03.2009 à 10h35 -

mercredi 18 mars 2009

Exposé: Des auteurs qui commentent non seulement leur œuvre mais aussi le rapport qu'ils entretiennent avec elle


Henry Bauchau dit « On n'invente pas les personnages, ils existent dans l'inconscient, il faut les laisser sortir ». On a donc l'impression que les auteurs, lorsqu'ils commencent à écrire, connaissent déjà leurs personnages, comme si ceux-ci étaient venus les hanter. On ressent une sorte de présence réelle des personnages. Ainsi, on va le démontrer à partir de deux œuvres. D'une part Antigone d'Henry Bauchau, et d'autre part Médée, voix de Christa Wolf.

On va se demander en quoi l'écriture permet aux auteurs de commenter leur œuvre ? et comment observe-t-on le rapport qu'ils entretiennent avec elle ? Pour répondre à ces questions, on s'interrogera tout d'abord sur le côté biographique des œuvres, puis nous définirons une écriture propre à chaque auteur avant de terminer par une réflexion plus large sur les œuvres.


  1. Le coté biographique dans les œuvres

    a)le côté historique

Dans les deux œuvres au programme, les auteurs laissent « leurs empreintes » dans leur écriture. On retrouve des traces de leur vie, qui influencent leur manière d'écrire.

D'abord, on ressent dans les deux livres le contexte historique dans lequel les écrivains ont vécu. Pour Christa Wolf, une majorité des textes qu'elle a publié ont pour source des éléments biographiques survenus dans un contexte historico-politique particulier. En effet, elle est née en 1929 en Poméranie, territoire aujourd'hui polonais. En 1963, elle écrit son premier roman Le Ciel partagé (dont l'un des thèmes principaux est la division de l'Allemagne symbolisée par la construction du Mur de Berlin). Elle porte un regard très critique sur le régime et signe alors en 1976 la protestation contre l'expulsion de Wolf Biermann, chanteur contestataire. Puis, après la chute du Mur en 1989, elle publie un livre, Ce qui reste qui va déclencher une grande polémique sur l'engagement politique de l'intellectuel. Elle dira ensuite: « Je n'écris que sur ce qui m'inquiète... Je n'écris que sous la contrainte de conflits intérieurs. Avant qu'ils n'aient atteint une intensité extrême il m'est impossible d'écrire.(...) Au fil des années, mon scepticisme s'est profondément accru. » dans un article qui lui est consacré dans le numéro de Février 2001 du Magasine littéraire. Christa Wolf réécrit donc le mythe à sa façon, elle qui a toujours critiqué le pouvoir politique et la société qui l'entoure. Elle va jusqu'à imaginer que Médée n'a pas tué ses fils, contrairement au récit légendaire. Elle dénonce donc un pouvoir manipulateur, qui lance de fausses accusations contre celle qui se rend compte de la cruauté de ce pouvoir, Médée, et qui manipule parfaitement l'opinion pour que tout le monde la rejette. Christa Wolf parle d'ailleurs de la façon suivante de Médée:  « Médée s'imposa à moi comme une femme à la frontière entre deux systèmes de valeurs, concrétisés d'une part par sa patrie, la Colchide, et d'autre part par le lieu où elle a trouvé refuge, Corinthe, […], Corinthe, la riche cité dorée, qui ne supporte pas la guérisseuse hautaine, sûre d'elle, compétente qui devine que la cité s'est construite sur le crime. On sacrifie des êtres humains à deux idoles, pouvoir et la richesse. Il faut calomnier cette femme, l'humilier, la chasser, la supprimer. On lui accroche pour l'éternité l'étiquette d'infanticide. Les meurtriers de ses enfants auront l'hypocrisie de rendre hommage à leurs victimes. Toute tentative pour tirer au clair les circonstances du meurtre en essayant de comprendre, d'élucider, de changer les comportements est rendue impossible. L'Histoire se met en marche. » Le régime qu'elle dénonce donc dans Médée, voix est une manière de critiquer le régime sous lequel elle a vécu, où l'on cherchait à exclure tous ceux qui réfléchissaient trop et qui parvenaient donc à comprendre les dessous du régime. Bauchau, quant à lui, est né en 1913 à Malines, et son enfance est donc marquée par l'invasion allemande. Il ressent une sorte de combat intérieur et inconscient contre les blessures occasionnées par la première guerre mondiale. Il va donc très vite se réfugier dans la lecture puis va ensuite commencer à écrire. Par la suite, les années 1933 à 1940 sont marquées par de nombreuses crises internationales provoquées par Hitler. Bauchau est très souvent mobilisé pour participer à la guerre. Puis, il va entrer dans la résistance, c'est donc un nouveau combat pour lui qui va provoquer une blessure profonde à la main. Celle-ci s'ajoute à l'immense blessure intime qu'a causé la guerre et qui lui provoque un blocage pour écrire, il va alors plonger dans une grave dépression. Il parvient à s'en sortir grâce à la psychanalyse et il se remet véritablement à écrire. Petit à petit, la figure d'Antigone naît dans l'inconscient de l'écrivain qui continue à exercer le métier de psychanalyste. D'abord elle apparaît dans Œdipe sur la route qui sera un vrai succès, puis dans différents récits avant de ressurgir enfin dans Antigone qui lui apporte, à 84 ans, une véritable reconnaissance du public. Dans cette œuvre, la Grèce semble régie, non plus par les Dieux mais par les désirs sombres des hommes. Antigone éclaire non seulement cette Grèce mais également le siècle de Bauchau, avec le refus des guerres et de ses massacres, de la lutte pour le pouvoir, de la misère. A travers, la cruauté du pouvoir, la misère, les massacres etc que Bauchau met en scène dans son roman, il montre par la même occasion sa propre époque. Antigone le représente assez bien, refusant la guerre, la quête du pouvoir. Donc, dans son roman, on retrouve ce qu'il a vécu comme lorsque Christa Wolf, illustre le régime en RDA, racontant l'acharnement d'un pouvoir manipulateur sur Médée qui avait comprit les crimes de celui-ci. On retrouve donc dans les deux œuvres au programme, des traces du contexte historique dans lequel a vécu chaque auteur.


b) Le psychologie des écrivains :

Ensuite, on ressent également la psychologie des écrivains. En effet, surtout dans Antigone, Bauchau, par son écriture laisse transparaitre son coté psychanalyste. Cet écrivain belge francophone, après une première vie d'enseignant, s'est tourné vers la psychanalyse. Il connait donc les « fous », la folie. Or lorsqu'on lit Antigone, on peut se demander si elle n'est pas folle, puisqu'elle semble entendre des voix. En effet, à la différence du mythe, Bauchau dans son roman, en tant que psychanalyste fait donc parler l'inconscient de son personnage. Antigone, quand elle meurt, elle ne se suicide pas comme dans le mythe, elle est enfermée dans cette grotte et refusant de céder au désespoir et de laisser gagner la solitude, elle part dans son inconscient où elle entend des voix et notamment le chant d'Io. Page 345« J'entends comme un espérance de l'oreille, ma voix que je croyais perdue, elle chante dans une autre voix, qui n'est pas et qui est la mienne. Je découvre des sons flexibles et sourdement tenaces, qui ne font pas penser à ma voix mais peut-être à ma vie.(...) c'est la voix d'une femme qui, en pénétrant dans ma vie, est entrée dans ma voix qu'elle transfigure.(..) Quelle sera l'âme vivante qui me remplacera? La musique de sa voix dans la mienne me convainc que ce sera, que c'est déjà Io. » ou encore plus loin (lire page 351 à partir de « comment fait Io ») aussi page 352 (lire à partir de « je ne mets rien ») ou enfin page 354 «  L'Antigone d'Io ne sait pas qu'elle chante ma mort et n'a pas besoin de le savoir, il lui suffit de la vivre puisqu'elle est déjà la véritable et bientôt sera l'unique Antigone. » C'est son inconscient qui parle. Elle sait qu'elle meurt en tant que femme, mais naît en tant que personnage littéraire. Elle meurt en entendant la voix de celle qui la transforme en personnage, donc elle sait que son combat continue. Grâce à cette voix, Antigone meurt donc apaisée et non désespérée, puisqu'elle sait qu'elle survivra bien mieux qu'elle n'a existé. Cette psychologie que donne Bauchau à Antigone, amplifie le personnage, par rapport au personnage de théâtre. Il la rend plus réelle. Comme on l'a vu dans l'introduction, Bauchau dit « On n'invente pas les personnages, ils existent dans l'inconscient, il faut les laisser sortir. » L'inconscient chez Bauchau a donc une importance capitale. Son personnage existe en lui, il la connaît, il peut donc la décrire comme un personnage réel. Pour ce qui est de Christa Wolf, on retrouve sa psychologie dans son personnage de Médée. En effet, on l'a vu, le monde qu'elle décrit dans son œuvre ressemble sur beaucoup de points au monde dans lequel elle vit. Elle a donc essayé d'expliquer le présent, son époque, par rapport au passé, l'Antiquité. Elle a choisi le mythe comme point de départ de son questionnement. Ainsi, elle a commencé à réfléchir, grâce au récit qu'elle faisait de l'époque de Médée, à un sujet qui l'a longtemps intéressée mais aussi inquiétée (puisqu'on l'a vu elle n'écrit que sur ce qui l'inquiète): la possibilité face à un monde régi par le pouvoir et l'indifférence de créer une société plus humaine, moins cruelle, solidaire etc. Dans son roman, Médée semble chercher ce monde, comme on le voit avec la dernière phrase du roman « Y a t-il un monde, une époque, où j'aurais ma place? ». Ceci suggère une révolte continue et le refus total de la société existante. Médée, « parlant ainsi », semble donc représenter parfaitement Christa Wolf avec ses espoirs et ses désillusions. On ressent donc à travers leur récit , la psychologie des auteurs. Médée, le double de Christa Wolf qui comprend les dessous de son régime manipulateur et qui le refuse et Antigone blessée par la guerre etc, qui se réfugie dans son inconscient, qui rappelle le coté psychanalyste de Bauchau. Cette sorte de psychologie donnée aux personnages, les rendent beaucoup plus réel qu'ils ne l'étaient dans les mythes.




II. Une écriture propre à l'auteur :

    a)par l'énonciation :

L'écriture que propose Henry Bauchau représente par elle-même la fragilité d'Antigone. Effectivement, on ne trouve ni figures de style ni ornementations. Prenons comme exemple la première phrase du roman : « Depuis la mort d' Œdipe, mes yeux et ma pensée sont orientés vers la mer et c'est près d'elle que je me réfugie toujours ». L'histoire nous est raconté en focalisation interne, le lecteur vit l'histoire à travers le personnage d'Antigone qui se présente ici comme le narrateur. Par cette focalisation interne, on peut penser que l'auteur se sent proche de son personnage.

Cette proximité, nous pouvons la voir à la page 498 de son Journal d'Antigone, il dit « Au cours des trois années qui viennent de s'écouler, le personnage s'est modifié en moi ». Ainsi, on voit qu'Henry Bauchau vit véritablement l'histoire au même rythme que son personnage. Dans ce journal on remarque une grande discussion sur l'utilisation de la première personne du singulier. A l'origine écrit à la troisième personne, Bauchau le réécrit entièrement à la première personne car le « elle » apportait une trop grande distanciation du personnage par rapport à l'auteur. Avec l'utilisation de la première personne du singulier, Bauchau marque sa proximité avec le personnage d'Antigone.

De son côté, Christa Wolf fait un étonnant concerto à six voix. En effet, l'énonciation n'est pas stable dans le roman Médée. On peut voir la prise de parole successive de six personnages qui sont : Médée, Agaméda, Akamas, Leukos, Jason et Glaucé. Le monologue de Médée s'adresse à son frère Absyrtos et à cette jeune enfant, Iphinoé victime de la peur de son père, victime du pouvoir.

Un monologue où l'on a du mal à se situer dans l'histoire car il y a à la fois un retour dans un passé bien révolu, un retour à quelque chose que l'on vient de découvrir: un secret qui vient d'être déterré et cette forme présente. Puis Jason vient et nous explique sa version de l'histoire. Chacun dans un monologue qui s'inscrit dans un style théâtral assez explicite et dans une forme romanesque. Chacun des personnages racontent leur histoire, la façon dont ils perçoivent le sort de Médée, les relations qu'ils ont eu avec elle. Les personnages se méfient d'elle à cause d'une rumeur. Christa Wolf réussit très bien cette réécriture du mythe en incorporant des éléments qui ne sont pas dans celui de Médée mais que l'on retrouve dans des extraits ancien du mythe notamment cet élément qui voudrait que Médée ne soit pas une mère infanticide, mais que ce sont les Corinthiens qui ont abattus ses enfants et qui ont fait croire à toute la ville que c'est Médée qui les avait tué. Son style littéraire est assez déroutant avec des phrases très brèves. Les traducteurs ont sans doute essayé de retranscrire le texte d'origine avec très grand respect. On peut donner l'exemple suivant : « Un frisson me parcourut. Je sentais entre leurs mains » (p247).

Les deux auteurs par l'utilisation d'une énonciation qui leur est propre habite leurs œuvres et leurs personnages.


    b) Par la forme Roman :

La subjectivité laisse transparaître la présence de l'auteur dans l'écriture. On remarque ainsi que la subjectivité n'est apparemment pas omniprésente dans chacune des deux œuvres à l'étude. Cependant elle transparaît par des idées, des expressions ... et même par la forme même qu'est le roman. Les deux œuvres sont des réécritures de mythes. Ainsi pour faire une réécriture, les auteurs ont pris des sujets existant préalablement et ont ajouté leur manière d'écrire. Bauchau a dit : « On n'invente pas les personnages, ils existent dans l'inconscient, il faut les laisser sortir ». Puisque nos deux textes sont deux réécritures de mythes antiques, les auteurs que sont Bauchau et Wolf ont été soumis au mythe original mais sous la forme du roman, ils ont pris des libertés. Ces libertés apportent la subjectivité des auteurs comme la mort d'Antigone qui ne reste pas totalement fidèle à celle de l'Antigone de Sophocle. Le roman permet d'entrer dans les pensées du personnage. La réécriture du mythe n'apparaît plus seulement comme une réécriture mais plutôt comme une nouvelle écriture. On remarque que la base du mythe est toujours présente avec pour Médée, l'histoire d'une femme amoureuse qui se bat pour rester elle-même, en affrontant son destin tragique. Seulement, des changement sont apportés comme le caractère du personnage, Médée est plus humaine, plus simple et surtout plus libre. Le mythe est ainsi renouvelé. Christa Wolf se détermine dans Médée par l'énonciation. De fait, on remarque plusieurs points de vue (6). Le lecteur voit l'histoire progresser au même rythme que les différents points de vue des six personnages. Les voix de ce roman fustige l'établissement Allemand avec une véhémence élégiaque que l'auteur peut laisser échapper au cœur d'un roman. Mais en revisitant ici l'histoire légendaire de la magicienne Médée, Christa Wolf affronte aussi son propre passé. En effet, l'écriture de Médée apparaît pour Christa Wolf plus comme un prétexte à écrire ses opinions et à faire une critique à peine voilée du régime Allemand de son époque. Comme nous l'avons vu précédemment, Christa Wolf est née en RDA au sein d'un système socialiste. On peut penser que l'auteur écrit sa propre histoire à travers le personnage de Médée. Ce mythe montre que l'histoire n'évolue pas et qu'elle est toujours la même. La liberté et la vérité sont bafouées par des nécessité politique. Dans notre œuvre, Médée est proscrite, elle est la femme libre au destin tragique. Le mythe se renouvelle avec succès car après avoir été le reflet des sociétés antiques, il est le reflet des sociétés contemporaines. Médée étant ainsi représentative des problèmes contemporains, elle incarne les malaises de l'Allemagne d'après la réunification. Au sein d'Antigone c'est diffèrent. Tout est perçu par le personnage d'Antigone avec par exemple de nombreux monologues. Le « je » présent tout au long du texte permet au lecteur de s'identifier au personnage, ainsi le lecteur se sent plus proche. Bauchau utilise le temps pour s'identifier, le temps devient un temps personnel vécu par le personnage en alternant les épisodes courts et les épisodes détaillés. Il fallait sans doute un roman pour incarner les passions de la jeune mendiante qu'est Antigone.

La forme du roman leur procure une plus grande liberté.


    c) Par le féminisme :

Le féminisme semble très présent au sein de chacune des deux œuvres. D'après un article de Myriam Wathee-Demotte, on s'aperçoit qu'Henry Bauchau semble avoir orienté la thématique de son récit vers la question des genres masculins et féminins. Les portraits de femmes qu'il produit sont remplis d'intelligence et de sentiments. Antigone apparaît comme une révoltée qui veut dépasser les attributs de la condition de la femme grecque en progressant vers la virilité de ses deux frères. On peut donner l'exemple de la page 289 : «  Quand il annonce que le corps de Polynice doit pourrir sans sépulture, je ne puis plus contenir mon cri. L’indignation, la colère s’échappent de mon corps et vont frapper de front le mufle de la ville avec l’énorme fardeau de douleur, de bêtise et d’iniquité qu’elle fait peser sur moi et sur toutes les femmes. Oui, moi Antigone, la mendiante du roi aveugle, je me découvre rebelle à ma patrie, définitivement rebelle à Thèbes, à sa loi virile, à ses guerres imbéciles et à son culte orgueilleux de la mort » (p. 289). Dans Médée, le héros masculin est montré comme un homme prisonnier des codes sociaux et finalement incapable d’agir librement, c'est le rôle de la femme qu’interroge Christa Wolf en modifiant le mythe originel pour faire de ces mythes de femmes monstrueuses des figures de la rédemption. La réécriture du mythe donne naissance à un mythe nouveau, où le féminin prend le pas sur le masculin. Christa Wolf fait de Médée une figure lumineuse dont la voix met en scène sa propre responsabilité : seul le système patriarcal est à l’origine des crimes commis, et la dimension féministe de la modification du mythe apparaît alors clairement. Mais il s’agit aussi de montrer qu’une société peut sciemment organiser la barbarie, ce qui renvoie au passé allemand durant la seconde guerre mondiale, on peut rappeler que Christa Wolf a écrit cette réécriture du mythe de Médée après la chute du mur de Berlin. Elle a vécu dans la partie Est de Berlin.. De même, la façon dont Médée appréhende le culte des morts chez les Corinthiens est représentative de la nouvelle figure que lui donne Christa Wolf : si ce culte fait de la mort la limite absolue du pouvoir, il représente la peur de ce qui est différent, transposant ainsi la crainte de la mort sur celle de l’étranger concret.

Les deux auteurs font de leurs œuvres une œuvre qui leur est propre avec le recours à une énonciation particulière, une forme de roman qui leur octroie plus de libertés. Ainsi ils peuvent inscrire dans leurs œuvres des sujets comme le féminisme.





  1. Au delà des œuvres :


    a) Une revendication de héros de toute une vie :

Les deux auteurs qui sont, comme nous l'avons démontré, habités par leurs personnages le prouvent dans certaines de leurs œuvres. On peut le voir pour Henry Bauchau dans le Journal d'Antigone. On cite la (page 256) : « Il m'a interrogé sur Antigone et ce qu'elle représentait pour moi. Je ne lui ai pas dit, ce qui est vrai, que j'en suis d'une certaine façon amoureux et que cette intimité entre nous éclaire ma vieillesse. » Antigone fait partie intégrante de la vie de l'auteur, il nous apparaît comme habité par ce personnage. Seulement, Antigone est tellement présente qu'elle peut apparaître comme pesante, comme Bauchau le suggère à la page 473 de son journal : « J'aime Antigone, je m'efforce de la servir, mais je voudrais déposer mon fardeau. Ce fardeau dont elle est le noyau obscur et très pesant. » Il revendique son adoration pour ce personnage mythique car pour lui elle voyage parfaitement dans le temps, il dit qu' « elle est présente dans notre passé, notre avenir et surtout dans notre aujourd'hui. » (p499). Au cœur de son journal on assiste à la progression du personnage et de l'histoire d'Antigone à travers le regard et sa propre progression dans son écriture.

Christa Wolf revendique, quant à elle, sa fascination pour le personnage de Médée que l'on retrouve dans plusieurs de ses œuvres. Ce personnage lui permet d'affirmer ses revendications. elle suggère la permanence d’une révolte, en tout cas d’un refus de l’ordre existant. En cela la romancière reste fidèle à une ligne de conduite critique qu’elle manifesta spectaculairement en RDA à partir de 1968, avec "Réflexions sur Christa T.". On se souvient qu’à l’époque l’héroïne du roman mourait d’une leucémie, comme si elle avait intériorisé le cancer déjà installé au cœur de la société. Si Médée ici ne meurt pas, son bannissement ressemble terriblement à une petite mort. A l’instar de Christa T., elle possède en effet ce supplément de lucidité qui la place en rupture. Christa Wolf récrit donc le mythe antique à sa façon. Allant jusqu’à envisager que Médée, contrairement au récit légendaire, n’ait pas tué ses deux fils. Ne voyant même là qu’accusation fallacieuse de manipulateurs d’opinion, contre la seule qui sut démasquer la source de leur pouvoir. Des hypothèses aux enjeux terriblement actuels, pour peu que l’on sache distinguer, juste derrière la figure antique redessinée, celle qui, d’œuvre en œuvre, inlassablement questionne. Et qui ne s’est jamais vraiment détournée d’une chance gâchée de bonheur pour adhérer à quelque conformisme de pensée. Celle qui à l’image de la femme antique l’on continue d’attaquer. Mais que, pas davantage que celle-ci, l’on n’imagine près de renoncer.

Les deux auteurs revendiquent parfaitement l'utilisation abondante de ces deux personnages que sont Médée et Antigone. Ils refaçonnent les histoires à leur image, à leur vécu et à leur passé. Ainsi ils présente une réflexion sur le monde qui les entoure.


b) Une réflexion sur le monde :

Dans les deux œuvres, on a clairement vu que les auteurs laissaient transparaitre le monde dans lequel ils ont vécu. On peut y voir une certaine réflexion sur le monde dans lequel on vit: quelque soit le pays dans lequel on vit, malgré les différences de culture qui nous sépare: la pensée humaine est identique : le pouvoir, l'artifice, le mensonge, la cruauté, le désir, la vengeance. En effet, Christa Wolf, en proposant une vision d'un régime manipulateur, régit par le mensonge, la soif de pouvoir etc éclaire sa propre époque et même toute époque puisqu'elle expose l'histoire de Médée, qui ayant comprit les dessous du régime va être mise à l'écart. L'œuvre, se poursuit donc dans le temps, elle n'est pas limitée. Sa réflexion, s'applique presque à toute époque, puisqu'en général, les personnes qui réfléchissent beaucoup et qui risquent donc de comprendre et de se révolter contre le pouvoir dérangent. On tente de les empêcher de s'exprimer et on les met a l'écart comme le montre l'histoire de Médée. L'œuvre d'Henry Bauchau, quant à elle, semble également dépasser le temps et être illimitée puisque comme Médée, ce que critique l'auteur peut également s'appliquer à toutes époques. En effet, on l'a vu Antigone décrit un pouvoir manipulateur, un massacre, une grande misère etc tout comme Bauchau qui a fortement était choqué par la l'atrocité de la guerre et la misère de son époque. Lorsque le lecteur lit ces deux œuvres, il peut se sentir poussé à réfléchir sur l'Histoire, sur sa propre époque etc. Les œuvres ne semblent pas « fermées » lorsqu'on ferme le livre puisque notre réflexion se poursuit. Ces mythes continuent donc de traverser le temps en grande partie grâce à ces romanciers, qui étant totalement « habités » par leur personnages, les rendent presque réels et donc le lecteur peut ainsi totalement rentrer dans l'histoire et y réfléchir.





Conclusion:

Pour conclure, on peut dire qu'à la différence de l'écriture d'un mythe, où l'on ne ressent aucune trace de l'écrivain, où rien ne bouge, la réécriture par le genre romanesque permet à l'auteur d'apporter un certain renouveau. On ressent parfaitement la présence des auteurs dans leurs œuvres. Ils semblent habités par leurs personnages, qui apparaissent comme le miroir de leur propre histoire. La portée des œuvres ne se limite pas au texte mais nous conduit à certaines réflexions sur le monde, puisque les mythes traversent le temps.


Notes prises d'après les remarques de Mme Eissen:

Le côté historique est plus complexe qu'il n'y paraît. Wolf est exilée et accusée : position de bouc émissaire, mais peut-être au départ un parallèle entre Médée et ce régime. Parler du côté religieux de Bauchau, dimension religieuse, existence du divin : diffèrent de Médée qui n'a plus a foi. Pour la première partie a, parler d'oralité.  Préciser que les deux auteurs ont des conceptions bien différentes du féminisme

                                                                                                         

Source:  Travail de Caroline Aubouin et Axelle Tartarin - 18.03.2009 à 10h23 -

mardi 17 mars 2009

Commentaire composé: Pages 188-193 (Le Docteur Jivago)


Explication de l'extrait du Docteur Jivago, 5ème partie, ch. VIII (p.188-193)


Boris Pasternak naît à Moscou en 1890 et meurt en 1960. Il est témoin de l'histoire mouvementée qu'a connu la Russie au XX°. Il salue la révolution de 1917 mais reste en désaccord avec l'idéologie marxiste. Il ne conçoit pas que l'art soit soumis à des impératifs politiques. Cette vision de la pratique artistique lui coûtera cher durant le stalinisme ; il connaît la disgrâce et doit se retirer de la vie publique après avoir connu la faveur du régime. Ainsi, sa vie comme son œuvre ont été largement marquées par le contexte historique. Dès le milieu années trente, Il entreprend l'écriture de textes en prose qui deviendront Le Docteur Jivago. Achevé en 1955, ce roman est à la fois une fresque historique des « années terribles de la Russie », un roman d'amour et une fable symbolique.  Dans la partie "L'Adieu au passé", l’action se situe dans la petite ville de Méliouzèiev. Lara et le docteur Jivago travaillent dans l'hôpital de la ville. La guerre les a réunis, lui est médecin militaire et elle s'est engagée comme infirmière. Notre extrait se situe peu de temps après le retour de Lara. En effet, elle était partie en voyage près de Zybouchino, bourgade qui avait été quelques temps auparavant un lieu d'insurrection. L'on peut remarquer que cette entrevue entre Lara et le docteur était annoncée dès le début de la cinquième partie, à la page 172 : « Le travail rapprochait souvent et de très près, Jivago et Antipova. » L'on peut alors se demander comment la mise en scène et en paroles de ce chapitre, annonçant de manière symbolique la révolution de 1917 et la relation amoureuse entre les deux personnages, préfigure les changements imminents. Dans cette scène, un ensemble de péripéties futures ainsi que les enjeux de la future relation entre les deux collègues se mettent en place ; les modes de communication langagière et scénique sont ainsi porteurs de sens et d'une réflexion sur les limites du langage. Enfin, ce chapitre comporte une portée symbolique en lien avec l'Histoire et le cours du roman. 


I - UNE ENTREVUE AMBIGÜE


1°) Une attirance mutuelle

Situation de la scène (cf. intro) : Lara est juste rentrée de la campagne, Jivago veut la voir avant son propre départ pour Moscou. Il est allé jusque devant sa chambre la veille, mais a renoncé : il met son initiative à exécution ici et a une "entrevue" avec elle (l.1). De plus, Jivago choisit son moment : il va trouver Lara juste avant son départ, ce qui place en quelque sorte cette entrevue sous le signe de l'urgence ; comme lui et Lara vont bientôt se séparer, c'est peut-être le moment idéal pour lui dire ce qu'il pense... Néanmoins, tous deux sont mariés et tenus à quelqu'un qu'ils aiment... mais qui est loin. Le contexte de guerre est également particulier : Jivago et Lara sont coupés de leur famille et, ainsi, ils se rapprochent dans le cadre de leur collaboration à l'hôpital. Ils sont "dans le même bateau". Les marques de leur attirance mutuelle et de leur proximité sont nombreuses dans ce passage. Entre autres, l'on peut citer les paroles de Lara p.189 (l.24) : « Vous me taquinez tout le temps (...) », qui révèlent que Jivago et elle ont l'habitude de se fréquenter et de se « chercher. » Plus profondément, les deux personnages semblent être en phase et se comprendre : voir ce que dit Lara p.192 (l.132-133) : « Je sais ce que vous voulez dire. Je l'ai éprouvé moi-même ». Leurs pensées communes les rapprochent de manière étroite. Enfin, p.193, Jivago se trahit lui-même par ses propres paroles : il en dit trop sur ses sentiments et Lara s'empresse, en femme honnête et vertueuse, de le repousser ; mais l'on sent tout de même que derrière ce refus se cache une attirance plus profonde...


2°) Une atmosphère propice 

L'atmosphère de cette scène semble propice à la séduction, comme on peut le constater dans la description qui en est faite p.188-189 (l.11 à 16). Tout d'abord, l'on se situe le soir, c'est donc le fin de la journée de travail, les confidences sont sans doute plus aisées à faire à ce moment-là ; d'autre part, cet office est un lieu où l'on a l'habitude de se « donner rendez-vous » (p.188), donc un lieu on ne peut plus apte à accueillir un couple désirant s'épancher, etc.... Par ailleurs, les fenêtres sont ouvertes, ce qui confère à l'office une odeur de « fleur de tilleul (…), l'amer parfum de cumin des vieilles branches » : c'est donc un lieu pénétré par les senteurs de la nature, des arbres et des fleurs et cela ne semble pas laisser insensibles les deux protagonistes. L'office est enfin plein de « l'odeur légèrement entêtante des deux fers à air chaud dont Larissa Fiodorovna se servait alternativement (...) » et Lara repasse durant tout la scène ; l'on se doute donc qu'elle et Jivago seront comme enivrés par la chaleur humide et vaporeuse des fers à repasser tout au long de la scène, ce qui accentue l'effet « troublant » que le lieu et son atmosphère ont sur les personnages.

L'activité incessante et intense de Larissa Fiodorovna durant tout le passage imprime à ce dernier un caractère de hâte, d'urgence, de densité pourrait-on dire. La scène est en effet ponctuée et rythmée par les commentaires de Lara et ceux de Jivago sur son ouvrage : par exemple à la p.189 (l.34) : « Ce que ces fers refroidissent vite ! » ou encore à la p.190 (l.79) : « Laissez vos fers une minute, et écoutez-moi » et p.191 (l.105) : « Repassez, repassez, s'il vous plaît, enfin repassez votre linge, ne faites pas attention  à moi, moi je vais parler. » Cette urgence à repasser activement pour ne pas laisser refroidir les fers peut se retrouver dans l'urgence de cette ultime entrevue entre Larissa et Jivago, ce-dernier ne pensant plus avoir d'autre occasion pour faire comprendre ses sentiments à sa collègue...


3°) Mise en scène et théâtralité

L'entrevue entre Jivago et Larissa Fiodorovna est construite dans une large mesure comme une scène de théâtre. Elle est essentiellement composée d'un dialogue : sur les 194 lignes que contient l'extrait, 36 seulement sont consacrées à de la narration. Le dialogue entre les deux personnages pourrait être assimilé à un dialogue théâtral, si ce n'est sa présentation typographique qui respecte les codes du genre romanesque. De plus il est particulièrement vivant, parsemé d' « indications scéniques », notamment concernant le « jeu » des deux personnages avec les fers à repasser ; ainsi, il est facile de s'imaginer visuellement la scène et ses mouvements ( par exemple, voir à la p. 189, l.36 : « Voulez-vous me passer celui qui est chaud, si ça ne vous dérange pas. Là, dans le trou du tuyau. Et mettez celui-ci à la place. Là. Merci. » ou encore, p.191, l.121 : « Je vais vous donner l'autre fer », etc.).

La narration occupe quant à elle une place particulière dans cet extrait : elle présente deux aspects principaux. Dans les premiers paragraphes, on peut l'assimiler à des didascalies théâtrales qui précisent le décor et la « scénographie » (voir les trois premiers paragraphes), et donc la considérer comme des indications de jeu données aux « acteurs-personnages », comme le tremblement de la voix du docteur à la l.150, le « regard sérieux et étonné » de l'infirmière l.152 (voir encore des l.177 à 179). La narration est parfois ambiguë : on peut le constater dans les quelques phrases suivantes : « Sa voix avait de nouveau trahi le docteur. Il eut un geste irrité de la main et, avec le sentiment d'avoir commis une maladresse irrémédiable, il se leva et alla vers la fenêtre. Il tourna le dos à la chambre, posa la joue sur sa main, s'accouda à l'appui et enfonça au cœur du jardin plein d'ombre un regard distrait, qui cherchait l'apaisement, un regard qui ne voyait pas. » En effet, la narration semble ici être à la fois indication de jeu (voir les verbes d'action), mais elle reste tout de même romanesque, précisant l'intériorité des personnages (voir les marques de sentiment et de subjectivité).

La toute fin de l'extrait comporte de la narration purement romanesque, concise et elliptique. La concision montre la brutalité et l'âpreté de la séparation des deux êtres. La construction par parataxe des deux dernières lignes est mise en relief par le changement de paragraphe, ainsi que par le parallélisme de ces deux paragraphes : tous deux sont composés d'une seule phrase, d'une seule proposition et sont d'une longueur à peu près identique. La chute de ce chapitre donne l'effet que la scène entière implique cette fin-là : le débordement sentimental de Jivago est de trop pour Larissa Fiodorovna et la fait fuir. Fuir Jivago (« Il n'y eut plus entre eux d'explication de ce genre ») et fuir Méliouzéiev (« Une semaine plus tard Larissa Fiodorovna partait »).


II – ENJEUX D'UNE ENTREVUE PRISE DANS LE FLUX DE L'HISTOIRE


1°) Jeux et abus de langage entre deux êtres

Il est manifeste, dans cette scène, et nous l'avons vu, que des sentiments sont en train de naître entre Iouri et Larissa. Ceci est particulièrement manifeste à travers la conversation qu'entretiennent les deux collègues. En premier lieu, le langage est l'occasion d'une sorte de jeu de séduction entre Lara et Jivago. L'on remarque que c'est le docteur qui engage les choses et tente une approche envers Larissa. A la page 189, il s'enquiert de ce qu'elle fait : il commente ses actions (l.22), prend des nouvelles sur son voyage (l.32-33) puis sur le Zemstvo (l.46). Les Zemstvo ont été mis en place par Alexandre II ; ce sont des assemblées locales élues à l'échelle des cantons. Ces assemblées se veulent concernent toutes les classes sociales, tant les paysans que les artisans, les commerçants, même les aristocrates. D'autre part, c'est en majorité le docteur qui relance et anime la conversation. Puis il tente d'aborder des sujets plus intimes, mais Lara contrecarre ses projets : prenons pour exemple la p.190 (l.82). Jivago montre à l'infirmière une marque d'attention et d'intérêt certaine : « Comme je voudrais que vous partiez avant tout ce gâchis... » ; et Lara de couper court : « Il ne se passera rien. Vous exagérez (...) ».

Le langage semble également être l'occasion d'un petit jeu entre les deux collègues : reprenons l'exemple de la p.189 : « Vous me taquinez tout le temps en me disant que je ne partirai jamais d'ici ». A la p.191, Jivago joue sur le sens du mot « dessous » : « Bon sang, un homme ne peut donc pas parler à une femme sans qu'on soupçonne aussitôt des « dessous ». Brr ! Que le diable emporte tous ces « dessous »... » Mais en disant cela, l'on comprend bien que Jivago reconnaît que ses entrevues avec Lara ne pas innocentes.

Enfin, Lara semble se perdre et se tromper dans le langage. Ceci est particulièrement manifeste dans ses paroles rapportées des l.17 à 20 : « Pourquoi n'avez-vous pas frappé à ma porte hier soir ? Mademoiselle m'a tout raconté. D'ailleurs, vous avez bien fait. J'étais déjà couchée et je n'aurais pas pu vous ouvrir ». Ici l'on sent bien que Lara se contredit et que ses dernières paroles sont antiphrastiques. Elle commence par regretter que Jivago n'ait pas frappé à sa porte la veille, puis se rattrape en affirmant qu'elle n'aurait pas pu le recevoir. L'on sent bien qu'elle se ment à elle-même et qu'au contraire, elle n'attendait que sa venue. A la p.190, Lara semble également se contredire dans ses paroles : elle loue les beautés de Razdolnoïé mais ajoute tout de suite après que la propriété a été « pillé(e) et incendié(e) », que « la grange a brûlé, les arbres fruitiers sont carbonisés, une partie de la façade a été abîmée par la suie », ce qui semble quelque peu incohérent.


2°) Inscription de la scène dans une perspective historique

L'histoire en cours sert de toile de fond à la discussion entre Lara et Jivago. Le paysage brûlé de Razdolnoïe porte la marque de récentes violences : « Au printemps on a un peu pillé et incendié". La guerre civile qui a suivi la révolution de Février-Mars 1917 n'est pas encore achevée au moment de cette entre vue.

Lorsque Lara parle de Zybouchino, son témoignage fait échos au chapitre 3 de cette même partie. Cette ville semble être le symbole des troubles politique qui ont suivit la révolution. En effet, une petite république d'influence anarchique y avait été proclamée par des déserteurs du 212° régiment. Or les Partisans du gouvernement provisoire formé par des libéraux souhaitent juguler l'anarchisme et réprime violemment cette insurrection. Cette ville reste cependant l'objet de nombreux fantasmes au sein de la population. Ainsi le "sourd-muet" dont parle Lara est l'un des personnages qui participe au mythe de Zybouchino. Il serait le lieutenant Blajéiko ancien sourd-muet qui aurait subitement retrouvé la parole et l'audition.

D'autre part, de façon symbolique, le vol de vaisselle est un exemple du fonctionnement du nouveau régime. Les expressions « à tout prix » et « nous savons ce qu'il rendent » traduisent le sentiment mitigé de Larissa envers les ordres qu'elle reçoit. Ce commandement vient du "District" c'est le représentant du gouvernement provisoire dans la région de Mélouzèiev. La vaisselle est "réquisitionnée" pour l'arrivée du "nouveau commissaire du front". Cela en dit long sur ce nouveau régime qui s'apprête à accueillir en grande pompe celui qui va réprimer dans le sang une insurrection de soldats.

Jivago, quant à lui, prononce des paroles prophétiques. Il a le sentiment de vivre un moment de calme avant la tempête : "Bientôt il y aura ici une pagaïe invraisemblable". Pour lui le moment présent est à la fois historique et déroutant. Le docteur annonce le début d'un changement irréversible en utilisant le champ lexical de l'absolu : « une fois dans l'éternité », « La Russie toute entière », « tout le peuple », « Personne pour nous surveiller ».  L'évolution est totale, et Jivago décrit le passage des situations individuelles à la situation collective. De même, cette entrevue est en quelque sorte un prélude à leur future relation. 


3°) Des personnages embarqués dans le flot de l'histoire

C'est l'histoire qui les rassemble. C'est elle qui va les séparer. La marche de l'Histoire s'inscrit dans la vie des deux protagonistes. Lara est sur le front car elle cherche son mari qui s'est engagé corps et âme dans la révolution. Depuis le début de la guerre il a disparu. Elle est devenue infirmière de guerre parce qu'elle pensait le retrouver sur le front. Le Docteur Jivago a été réquisitionné pour être médecin militaire. Ils ont tout les deux quitté leur famille à cause le la guerre.

Leur histoire intime en est également à un moment décisif : tous deux sont à la veille d'une séparation mais deviendront amants lors de leurs retrouvailles. C'est la guerre qui leur a permis de se rencontrer c'est aussi elle qui pousse Lara à rentrer auprès de sa fille et Jivago à retourner à Moscou près des siens lui aussi. 

Au moment de cette entrevue la guerre semble déjà perdu. Toute la Russie est tournée vers la révolution et la mise en place du nouveau régime. Ils sont entrain

Jivago pour sa part relève le parallèle entre sa situation et celle de la Russie : « La Russie toute entière a perdu son toit, et nous avec tout un peuple, nous nous trouvons à ciel ouvert ». De même, les qualificatifs « immenses et désarmés » (qu'il attribue aux hommes) pourraient tout à fait définir la Russie. 


III – LES "DESSOUS" DE L'HISTOIRE


1°) Une actualité qui fusionne avec le cosmos

Le personnage du Docteur Jivago est un poète, il ponctue son discours d'images poétiques et de figures de style. Il transpose ce qu'il vit dans un univers symbolique et la situation présente dans le cosmos. Pour lui, l'actualité trouve un écho et une raison d'être dans la nature. Ainsi, les règles qui régissent cette dernière entrent en correspondance avec l'époque dans laquelle il vit. 

Il fait aussi le lien entre ce qui se passe en Russie et une réalité plus universelle : « Et ce ne sont pas seulement les hommes. » Dans son analyse, il ne se limite pas à la situation nationale : ce sont alors tous les êtres humains qui sont susceptibles de connaître cette révolution. Jivago a le sentiment de s'inscrire pleinement dans l'humanité. 

Des topos du discours poétique se mêlent à sa parole : la nature est personnifiée. Les échanges entre être humains se répercutent dans la nature. Les débats et les discussions sont repris par les éléments. Ainsi,à la p.191 on peut lire « Les étoiles et les arbres se sont réunis et bavardent, les fleures de nuit philosophent et les maisons de pierre tiennent des meetings » : il met en parallèle les activité des habitants de Méliouzèiev et les paysages à l'aide de personnifications. Pour insister sur l'aspect collectif de ce changement, il répète une même structure : les éléments personnifiés sont au pluriel et associés à des termes de la "communication". 

Ces images font aussi la transition entre la réalité historique et la symbolique biblique. Par son interprétation, Jivago dépasse les faits, les analyse et les met en lien avec des univers symboliques. La référence à Saint Paul semble signifier qu'après avoir été longtemps dans l'erreur, la Russie a eu une révélation et entame un changement irréversible. Enfin, l'idée de liberté est associée au ciel et encore une fois, il y a là un lien entre le cosmos et la condition humaine.


2°) Les mots et les gestes dissimulent les sentiments

Lara et Iouri sont en train de tomber amoureux l'un de l'autre, nous l'avons vu et l'on se rend compte, dans ce texte, que bien souvent les mots et les gestes servent à masquer les sentiments naissants. Ainsi, quelque chose de plus profond se cache derrière la simplicité apparente de cette conversation. Tout d'abord, les deux amis abusent un peu d'un langage phatique pour ne pas aller droit au but, ils "tournent autour du pot" pourrait-on dire : les formules vides et phatiques peuplent le chapitre du début à la fin et plusieurs phrases semblent uniquement servir à meubler et contourner la conversation. L'on peut citer pour l'exemple les paroles de Jivago à la p.190 : « Ecoutez-moi. Laissez vos fers une minute et écoutez-moi. » puis à la page suivante : « ne faites pas attention à moi, moi je vais parler. Je parlerai longtemps » et « Mais repassez, vous dis-je. Vous vous taisez. Vous ne vous ennuyez pas ? Je vais vous donner l'autre fer. », ainsi que celles de Larissa Fiodorovna à la p.189 : « Comment dire cela en deux mots? » ou à la p.190 : « Voilà la question ». La fonction phatique de ces phrases a pour objet d'établir ou de prolonger la communication entre le locuteur et le destinataire sans servir à communiquer un message ; l'échange entre les deux personnages comporte donc une part importante d'inanité et de vanité et les mots servent à meubler la conversation, sans porter de sens essentiel.L'on peut également reconnaître à plusieurs reprises la valeur performative du langage dont use Jivago, dans les formules déjà citées telles que « Je vais parler », etc. De même, certaines paroles semblent servir uniquement à remplir la conversation, par exemple à la p.189, lorsque Lara dit «Ce que ces fers refroidissent vite ! » etc.  L'on comprend donc que quelque chose de plus profond se cache derrière les mots échangés et que l'enjeu du discours ne repose pas sur les mots eux-mêmes, mais est enfoui derrière la parole, diluée par les actions.

En effet, dans cette scène l'action semble être une protection, essentiellement en ce qui concerne Lara. Elle s'adonne très activement à son repassage, contrairement à Jivago qui, lui, use de la parole. Et à partir de la p.191, elle ne parle pratiquement plus, se contentant de repasser, et cette action sert de prétexte au docteur pour lui parler et relancer la conversation, comme on peut le constater dans les phrases citées précédemment. L'infirmière se sert de son ouvrage comme d'une protection qui lui évite de prendre la parole. 

Ainsi, cette scène est particulièrement importante dans l'oeuvre, car c'est la première qui place en confrontation les deux personnages dont l'histoire intense et passionnée se révélera décisive dans la vie du docteur Jivago. Cette scène est une scène clé dans l'ensemble de l'oeuvre, et c'est grâce à ce qui s'est joué dans cette entrevue que Iouri et Lara se retrouveront plus tard, à Ia bibliothèque de Iouratine, et entamerons leur adultère liaison.


3°) Une réflexion sur les limites du langage

L'on peut considérer cet extrait comme une réflexion sur le langage même et sur ses limites. Ceci est particulièrement manifeste en ce qui concerne le docteur Jivago que son langage va abuser et trahir. Ici, le langage dit à la fois ce que l'on veut dire et ce que l'on veut cacher mais que l'on ne peut s'empêcher de dire quand même. En effet, le docteur ne semble pas déterminé à avouer directement ses sentiments à Lara mais sa voix le trahit ; une première fois à la p.191 (l.96) : « Oui, il est vraiment fâcheux que nous ne nous soyons pas vus hier soir. Quelle inspiration j'avais ! (…) Non, sans plaisanterie, j'avais envie de dire mon mot » etc. et immédiatement après cette demi confidence, il demande à Lara de repasser et de ne pas faire attention à lui : l'on comprend qu'il tente de détourner la conversation car il sent qu'il en a un peu trop dit. Il s'abuse encore à la p.192 (l.150) : « Un tremblement inattendu de la voix trahit l'émotion naissante de Jivago. (…) Il s'embrouilla et oublia ce qu'il voulait dire. Après une courte et pénible pause il se remit à parler. Il s'élança tête baissée, il se mit à dire n'importe quoi ». Ici, Jivago est trahi et rattrapé par son langage, qui le piège et lui fait perdre ses moyens ; futilité et vanité du langage sont manifestes, et le docteur se cache derrière et tente de masquer son émotion naissante en disant « n'importe quoi ». De plus, le tremblement de sa voix est « inattendu », ce qui montre que Jivago n'avait pas l'intention de laisser paraître son émotion, mais que c'est le langage qui le trompe. Enfin, à la p.193, il se rend compte qu'il se trahit lui-même en parlant : « Ah ! Je me suis oublié. Pardonnez-moi, je vous en supplie. » reconnaît-il. Ainsi, il avoue lui-même son abus de langage et alors, ses gestes remplacent sa parole : « Il eut un geste irrité de la main (…) il se leva et alla vers la fenêtre. Il tourna le dos à la fenêtre, posa la jour sur sa main, s'accouda à l'appui (...) ». L'on voit alors que lorsque le langage en a trop dit et ne peut plus rien, les gestes viennent prendre le relais.


CONCLUSION

Le Docteur Jivago est composé d'accumulations de petits faits. La narration se situe dans notre extrait au niveau de Lara et de Jivago. On constate alors les répercussions de l'histoire sur ces personnages. L'effet du contexte historique sur eux est perceptible grâce aux parallélismes qui existent entre leur histoire et l'Histoire. Au niveau individuel, cette scène annonce la future relation amoureuse. Les difficultés de communication qui sont mises en avant par le dialogue traduisent les embarras que connaîtra ce couple illégitime, ainsi que les difficultés que rencontrent ces deux caractères vertueux à envisager un adultère.


                                                                                                         

Source: Travail d'Adéa Gobin-Gonzalez et Marine Faye - 17.03.2009 à 22h37 -

Programme de travail & informations

Dear third-year students,

I want first of all to congratulate those of you who have sent me work. You are to be admired for persevering in such difficult circumstances.

I have corrected your papers and would like to return them, with comments and corrections, next week.

I have also prepared suggested translations for the designated passages from those texts.

It may be that classes will resume on Monday, according to the 50/50 plan. This will be known after the student-body AG later this week and after the Friday meeting of the Conseil d’UFR. If classes do resume, the week of March 23-27 will be organized as such: mornings (8h-13h) classes; afternoons, “cours hors murs.” NEVERTHELESS, TUESDAY, MARCH 24, HAS BEEN DESIGNATED AS A DAY OF POLITICAL ACTION. That means that, whatever is decided, CLASS CANNOT BE HELD ON TUESDAY. Since I would like to meet with you and since I think that some of you would like to meet with me, I suggest AN INFORMAL GATHERING (not a class, simply a chance to speak with you and return your papers) on MONDAY, MARCH 23, in my office (A07) from 12h-14h and/or from 16h-18.

Since this is not a class as such, you can come by at any point during the two time slots.

For now, my general observations on your work are that you read well and understood the texts and that  you made good technical observations but were reluctant to go beyond technical matters, whether for the texts or for the paintings. For the translations, your French was often faulty or clumsy.

I am enclosing a study sheet for the text for week 7.
I look forward to seeing many of you on Monday.

     Sincerely,
     Taffy Martin

                                                                                                         

Source: Message électronique de Mme Martin- 17.03.2009 à 13h55 -

lundi 16 mars 2009

Langue latine niveau intermédiaire - Correction des exercices de grammaire


Bonjour,

voici le corrigé des exercices de grammaire et de la version, pour ceux qui m'avaient envoyé leur travail (et pour les autres !).
N'hésitez pas à m'écrire si vous avez des questions sur cette correction.
Si vous voulez d'autres exercices et versions, dites-le moi aussi (par e-mail ou en laissant un commentaire à la suite de ce message).

Bonne semaine à vous,
LM

L3 lettres modernes – Niveau intermédiaire
Exercices de grammaire - Correction


Le gérondif
Legendo, non currendo doctior fies.
Mot à mot :
En lisant, non en courant, tu deviendras plus savant.

Version finale :
C’est en lisant, et non en courant, que tu deviendras plus savant.

Is bonus orator dicitur, qui dicendi peritus est.
Mot à mot :
Celui-ci est dit bon orateur, qui est habile à parler.
Version finale :
Celui qui est habile à parler est appelé/dit bon orateur.

Nostri ad dimicandum parati erant.
Mot à mot :
Les nôtres étaient prêts pour combattre.
Version finale :
Les nôtres étaient prêts pour le combat.

Dormiendo uires reficiamus !
Mot à mot :
En dormant, refaisons nos forces !
(reficiamus est un subjonctif à valeur d’exhortation/d’ordre).
Version finale :
Reprenons des forces en dormant !

Romam eundi consilium cepi.
J’ai pris la décision d’aller à Rome.

Ita nos ad cenam inuitauit, ut recusandi facultatem nullam reliquit.
Il nous a invités à dîner de telle façon qu’il ne nous a laissé aucune possibilité de refuser.
(noter la tournure consécutive ita…ut + subj. = « de telle façon/ainsi…que »)

Arando et metendo agricola segetem colit.
En labourant et en moissonnant, le paysan cultive son champ.

Gladiatoribus qui fortiter pugnando populo placuerunt nonnumquam libertas datur.
Mot à mot :
Aux gladiateurs qui, en combattant courageusement, ont plu au peuple, la liberté est parfois donnée.
Version finale :
On accorde parfois la liberté aux/à des gladiateurs qui ont plu au peuple en combattant courageusement.

Currendi facultas multis animalibus, ridendi hominibus tantum data est.
Mot à mot :
La faculté de courir a été donnée à beaucoup d’êtres vivants, de rire a été donnée seulement aux hommes.
Version finale :
La faculté de courir a été accordée à de nombreux êtres vivants, celle de rire à l’homme seulement.




L’adjectif verbal d’obligation
Cum hostis urgeret, proelium statim commitendum fuit.
Mot à mot :
Comme l’ennemi pressait, le combat fut devant être engagé immédiatement.
Version finale :
Comme l’ennemi faisait pression, il fallut engager le combat immédiatement.

Aliquis uir bonus nobis eligendus est.
Mot à mot :
Quelque homme bon/homme de bien est devant être choisi par nous.
Version finale :
Nous devons choisir quelque homme de bien.

Etiam in secundissimis rebus maxime est utendum consilio amicorum.
Mot à mot :
Même dans les choses très favorables/les plus favorables, il est devant être utilisé surtout le conseil des amis.
Version finale :
Même dans les situations très favorables/les plus favorables, il faut surtout suivre les conseils de ses amis.

Ex factis, non ex dictis amici eligendi sunt.
Mot à mot :
À partir des choses faites, non à partir des choses dites, les amis sont devant être choisis.
Version finale :
C’est en fonction de leurs actes, non de leurs paroles, qu’il faut choisir des/ses amis.

Proelium aut bellum suscipiendum esse negabat Augustus, nisi cum maior praemii spes quam damni metus ostenderetur.
Mot à mot :
Auguste disait que le combat ou la guerre n’était pas devant être entrepris, excepté alors que l’espoir de récompense plus grand que la crainte du dommage était montré.
Version finale :
Auguste disait qu’il ne fallait pas entreprendre un combat ou une guerre, à moins que l’espoir d’un gain/d’une récompense n’apparaisse supérieur à la crainte d’un dommage.

Cicero existimat nullum periculum bono consuli pro rei publicae salute fugiendum esse.
Mot à mot :
Cicéron estime qu’aucun danger n’est devant être fui par un bon consul pour le salut de l’État/la république.
Version finale :
Cicéron estime qu’un bon consul ne doit fuir devant aucun danger pour le salut de l’État.

Version

La grenouille et le bœuf

In prato quondam rana conspexit bouem
et tacta inuidia tantae magnitudinis
rugosam inflauit pellem ; tum natos suos
interrogauit an boue esset latior.
Illi negarunt. Rursus intendit cutem
maiore nisu, et simili quaesiuit modo
quis maior esset. Illi dixerunt bouem.
Nouissime indignata dum uult ualidius
inflare sese, rupto iacuit corpore.

Phèdre, Fables, I, 24

Mot à mot :
Dans un pré, un jour, une grenouille vit un bœuf, et, touchée par la jalousie d’une si grande grandeur, elle gonfla sa peau rugueuse ; alors, elle demanda à ses enfants si elle était plus large que le bœuf. Ceux-ci dirent que non. À nouveau, elle tendit sa peau par un effort plus grand, et, d’une manière semblable, elle demanda qui était plus grand. Ceux-ci dirent le bœuf. Pour la dernière fois, indignée, pendant qu’elle veut se gonfler plus fortement, elle resta étendue, le corps brisé.

Version finale :
Un jour, dans un pré, une grenouille vit un bœuf, et, piquée de jalousie devant une telle grandeur, elle gonfla sa peau rugueuse. Elle demanda alors à ses enfants si elle était plus large que le bœuf. Ceux-ci dirent que non. À nouveau, elle tendit sa peau, en faisant un plus grand effort, et, de la même façon, demanda qui était plus grand. Ceux-ci dirent que c’était le bœuf. Pour finir, indignée, en voulant se gonfler davantage, elle resta étendue, le corps éclaté.

dimanche 15 mars 2009

Programme de travail & informations du 16

Chers étudiants,

         Etant donné les ciconstances, il est temps de reprendre contact. Un texte extrait de Vie du chien Horla avec explication de texte corrigée sera à votre disposition dans le hall de la faculté des lettres mercredi prochain. Je serai là à 10h pour répondre à toutes vos questions. La remise du travail écrit est reportée au mercredi suivant les vacances de printemps, soit le 6 mai. Il est cependant tout à fait possible de me remettre ce travail avant. Il est aussi possible de me remettre des explications de texte écrites (par mail) que je vous corrigerai. Vous pouvez choisir n'importe quel texte dans notre programme, de 20 à 30 lignes (explication linéaire ou commentaire composé). 
          Merci de bien vouloir faire passer ce message à vos camarades concernés par ce cours, je ne parviens pas à envoyer ce message à tous.

Bien à vous,

Anouchka Vasak

                                                                                                              

Source: Courrier électronique d'Anouchka Vasak - 15.03.2009 à 18h04 -


Article sur saint Augustin (lettres classiques & latinistes confirmés)

Saint Augustin, Le pédagogue de Dieu

Chapitre 1 : La fin d'une éternité
La vie d'Augustin s'inscrit dans le quotidien d'un empire qui depuis toujours se croyait éternel. Roma aeterna. Mais tout songe, tout mensonge: sans tellement le savoir, le monde romain s'en alait vers sa fin. Un demi-siècle à peine après Augustin, allaient commencer en Occident les siècles de fer.
*Roma Aeterna
*« Nous autres les civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles »
*La déferlante barbare
*Une Afrique passablement agitée


Chapitre 2 : Un boursier aux dents longues
Une personnalité d'exception, attentive à sa propre évolution dont les étapes nous sont narrées sans complaisance de la petite enfance à l'âge mûr: grâce à Augustin, nous bénéficions d'une vue imprenable sur l'ambiance intellectuelle, morale, sociale et religieuse de l'antiquité tardive en Occident.


*Le cercle de famille
Thagaste, une bourgade rurale en Numidie, du genre chef-lieu de canton. Patricius et Monnica (les parents d'Augustin) y tenaient tant bien que mal leur rang de notables de la classe moyenne. On dirait aujourd'hui que Patricius appartenait au conseil municipal, en ce sens qu'il assumait avec quelques autres la bonne gestion de a ville sous l'oeil intérressé du fisc romain. La famille – deux fils dont on est sûr : Navigius et Aurelius Augustinus- avait de quoi vivre, mais sans plus. Patricius resté fidèle aux anciens dieux, était le type même de l'extraverti, brave homme, râleur, coureur de jupons, père attentif. Monique était son antithèse: chrétienne, [...] elle en rajoutait sur les éxigences de sa foi. [...]
Elle aura littéralement couvé Augustin : ne lui voulait-elle pas, de son propre aveu, Dieu pour père plutôt que son mari? Pour son fils bien-aimé, Monique vivra le regard fixé sur la terre et le ciel à la fois, un oeil sur « l'etablishment », un oeil sur la croix.
Patricius n'y voyant pas d'objection, c'est dans ce christianisme-là qu'Augustin fut élevé. Atmosphère oppressante, où tout fruit est virtuellement défendu, où toute liberté a un relent de tentation et de péché. Ambiance déconcertante aussi, quand on songe aux caractères disparates des parents. C'est à partir de là qu'Augustin devra se construire une personnalité.
Eliminons déjà un poncif: Augustin n'aura pas à se convertir au christianisme; chrétien, il l'était depuis l'enfance [...]. Il avait de lui-même demandé le baptême lors de quelque maladie infantile qui menaçait de mal tourner. Mais le voyant revenu à la santé, ses proches avaient différé le sacrement, qu'on administrait pas à la légère en ces temps-là: le cauchemar des pénitences en cas de chute donnait à réfléchir.


* Un gamin comme tant d'autres

Lui-même le dit: rien de sa prime enfance ne le distinguait du bébé moyen, qui tête, braille, rit, fait des caprices et tente de réduire les adultes en esclavages. Ni de l'élève des petites classe, peu enthousiaste d'avoir à se mettre tant et tant de choses dans la tête, avec la hantise de quelque raclée qu'Augustin priait Dieu avec ferveur de lui épargner. Dans Les Confessions, il écrit: « Il me fallait obéir à ceux qui m'engageaient à briller en ce monde »; la grande passion de ses parents, soucieux de le voir devenir quelque chose dans l'administration, une hantise qu'il ne tarderait pas à faire sienne. Sur le moment, l'élève Augustin préférait nettement un championnat de balle à la lecture, au calcul, aux belles lettres. Au grec notamment: quel dommage! Tout cela – il le reconnaît -, il ne l'aurait pas appris sans y être obligé. L'instituteur à la main leste mérite donc notre reconnaisance à titre posthume. Il lui aura enseigné, se rappelle Augustin, le moye d'accéder à tous les livres et d'écrire lui-même tout ce qu'il voudrait.

*« Ainsi donc, j'exisitais... »
Précieuse à plus d'un titre est cette évocation, à quelque trente-cinq années de distance, d'une jeunesse évanouie et pourtant présente. Les Confessions, une réminiscence qui aurait intrigué Platon, et qui en passionnera tant d'autres. C'est, bien sûr, une mine de renseignements. L'homme d'aujourd'hui se dépayse. Le voilà de plain-pied dans l'ambiance scolaire, estudiantine d'hier; il s'informe du cursus, de la pédagogie, des auteurs au programme. L'historien recoupe ce qu'il tenait d'autres sources.
Mais il y a plus : dans cette reviviscence, ce n'est pas comme ailleurs, de l'école en général, de l'étudiant en soi, de l'homme abstrait qu'il est question, mais d'Aurelius Augustinus qui dit « je », et nous verrons plus loin à quelles fins précises. Et dans la littérature antique, cette apparition d'une subjectivité qui se saisit comme telle, dans son unicité, qui analyse ses pulsions et ses répulsions, ses phobies et ses folies, ce sujet qui dit « moi, je... », non pas pour écrire les mémoires d'un enfant du siècle , mais parce qu'il a découvert qu'il était seul à être soi et qu'il veut dire l'unicité du « je suis » - oui, décidément, dans les lettres du temps, c'était une grande première.


*« Voilà un enfant qui promet... »
On le disait d'Augustin, et c'est bien pourquoi Patricius l'avait envoyé à Madaure, la patrie d'Apulée, car les études que nous dirions secondaires y étaient d'un bon niveau et bien encadrées. Dans cet empire qui s'en allait à vau-l'eau, une chose au moins n'avait pas bougé: la liste des auteurs au programme. Revenaient année après année Homère, Térence, Cicéron, Salluste, Virgile, Varron et quelques autres, parfois tirés de quelque receuil de morceaux choisis. Tout cela expliqué, seriné par le grammaticus, puis le rhetor, car il fallait d'abord appprendre à bien parler. On devait tout savoir sur le bout du doigt : l'élève d'aujourd'hui était l'avocat ou le haut fonctionnaire de demain, et il serait trop content, fignolant une plaidoirie ou un panégyrique, de ressortir telle citation à point nommé.
De là cet air de famille qu'ont les textes de l'époque. Le style d'Augustin en témoigne: logique rigoureuse, dialectique impeccable, ironie implacable, périodes bien balancées, truffées de citations, d'allitérations propres à allécher l'auditeur et le lecteur. Il faudrait lire le latin d'Augustin à haute voix, le faire passer, dirait Flaubert, « par son gueuloir ». On saurait alors ce qu'était un rhéteur. Augustin aura beau regrétter, plus tard, de s'être pris au jeu, de s'être délécté dans la littérature, d'avoir pleuré sur Didon morte d'amour, reste que sans cette passion des lettres, Augustin aurait été un intellectuel à « ondes courtes », il n'aurait pas été l'Augustin universel.
Un gamin qui promettait? L'avenir le montrerait. Cela dit, il n'est pas exclu, lui-même en convient, que les gens spéculant sur son futur aient sous-entendu que le garnement aussi « promettait »... La littérature antique n'a cure de la chasteté : « Le latin en ses vers brave l'honnêteté », c'est bien connu, et les aventures de la mythologie n'inclinaient pas Augustin à des pensers vertueux. C'était l'âge.


*L'âge bête
=> le vol des poires

*« Carthago veneris... »
=> découverte de la sensualité

*Le commencement de la sagesse
=> lecture de l'Hortensius de Cicéron, Augustin recherche la sagesse philosophique qui mène au bonheur, il explore pour cela la Bible, mais trouve le texte très incohérent et il ne comprend véritablement que le nouveau testament.

*L'obscure clarté du Dieu lumière
=> Augustin rejoint la secte des manichéens

*« L'apprentissage de la mauvaise foi... »
=> intrigues pour satisfaire son ambition. Il trouve des failles dans le manichéisme et est tenté un moment par l'agnostisme.

*La saison des lauriers
=> Rome, puis Milan, où il devient titulaire officiel de la chaire de rhétorique (une des places les plus enviées de tout l'occident). Il rencontre un grand succès et fréquente les milieux les plus influents.

*L'évasion de la Caverne
=> Il se rapproche du parti catholique, il admire beaucoup Ambroise, l'êvêque de Milan. En fréquentant ce milieu d'intellectuels catholiques il réussit à concilier la pensée de Dieu et le platonisme.

*« Où regarder pour te voir? »
=> influence des philosophes Plotin et Porphyre, nombreuses lectures et réflexions sur Dieu.

*Un jardin à Milan
=> décision d'abandonner sa vie mondaine.


Chapitre 3 : La passion de convaincre
Ebloui et confus d'avoir tant reçu de Dieu au cours de ses années d'errance, Augustin éveillera désormais les autres, les savants comme les plus simples, à la présence mystérieuse de la grâce agissant dans le coeur de tout homme comme dans le cours de l'histoire.

*Les dernières vacances
=> études et repos, durant les mois d'été, dans une villa de Cassiciacum.

*« En route »
=> Augustin abandonne sa chaire. Dans la nuit pascale du 24 au 25 avril 387, il est baptisé par Ambroise. Décision de rentrer en Afrique, mais il est bloqué à Ostie à cause de la guerre. Mort de Monique.

*Prêtre par rencontre, êvêque par devoir
=> Passant par Hippone, Augustin est fait prêtre presque contre son grè, tout le monde l'admire et désire l'avoir comme êvêque de son évéché, finalement à la mort de l'êvêque d'Hippone, il prend sa place.

*Le pédagogue de Dieu
[...]

Nous le savions : Augustin est pédagogue dans l'âme, mais maintenant, il l'est pour le compte de Dieu, et par amour. Pour cet intellectuel de formation classique, il n'y a désormais d'humanisme accompli que sous la mouvance du Dieu qui s'est fait homme afin que les hommes soient faits Dieu. Pas d'autre sagesse que celle du verbe divin.Il sait que Dieu à quelque chose à dire à ces hommes, à ces femmes qu'on croise dans la rue et qui vont vers leur destin comme lui-même en d'autres temps à Rome ou à Milan. Or, ce message divin est tout entier contenu dans les Ecritures. Et faute d'un minimum d'initiation, on passe à côté, courant ainsin le risque de se perdre, comme cela avait bien failli lui arriver. Alors qu'une vie ne suffit pas à inventorier l'infinie richesse du message, pour peu qu'on soit attentif à la parole de Dieu, chacun selon ses capacités. On n'a jamais compris une fois pour toutes. A mesure qu'on avance dans l'étude, l'horizon va s'élargissant, éveillant d'autres interrogations. L'essentiel de la philosophie d'Augustin est là.

[...]
=> Augustin réfléchit alors sur la féçon dont il faut enseigner le christianisme.

*Une Eglise confrontée à son propre triomphe
=> le rapport entre le christianisme et l'empire romain ( relation religion/Etat).

*Décadence et dissidences
=> controverses internes au christianisme.

*Secours théologique d'urgence...
=> Augustin se fait « théologien » et tente de régler les controverses.

[...]

Cela dit, dès Cassiciacum, Augustin avait compris que de Dieu, rien ne peut se dire d'exhaustif. Dieu est objet de nescience plutôt que de science, et savoir cela est déjà beaucoup.

[...]

*Le vrai message des « Confessions »
Ce ne sont pas celles de Rousseau, ni celles d'un enfant du siècle. Confessio, ici, ne désigne pas le déballage nombriliste de qui « se raconte », ni quelque misérable aveu dans un confessionnal littéraire ouvert à tous les vents. En fait, cette pathétique « lettre ouverte à Dieu », écrite entre 397 et 400, est d'un bout à l'autre une confessio laudis, une louange à Dieu qui à tout fait, de A jusqu'à Z, dans la vie du gamin de Thagaste, de l'écolier de Madaure, du rhéteur de Milan, et à son insu.
Ainsi, ce témoignage dénué de toute complaisance vaudra-t-il pour tout lecteur, l'incitant à se rendre lui aussi attentif à sa vie, et y découvrir – avec le secours de la grâce toutjours – la présence et l'action de ce Dieu à l'affût dans l'âme de chacun. [...]
Sous l'élégante facilité de sa langue, se cache un livre plus difficile qu'il n'en a l'air, que son succès, en dénaturant le propos, a parfois assimilé à une vague bondieuserie. En fait, c'est vle retour de l'enfant prodigue. C'est aussi le cheminement d'un ressortissant parmi les autres de la Cité de Dieu, tergiversant, on va le voir, entre deux amours. Il y a, dans cette autobiographie sans narcissisme aucun, toute une théologie de la iberté et de la grâce. C'est aussi un document psychologique hors pair : en effet, le « je » faisait son entrée dans la littérature.

*« Les villes aussi peuvent mourir... »
=> pillage de Rome, les païens en accusent les chrétiens qui ont « chassé les Dieux ». Augustin oppose alors la Cité terrestre (où les empires se succèdent) et la Cité de Dieu.

*La liberté et la grâce: duel ou duo?
Fragilité de nos vouloirs, aimantés par la Mal lors même que les tente le Bien, comme s'en désolaient Ovide et saint Paul, drame des choix dont il faudra répondre, tout cela étant la conséquence irréversible du péché d'Adam qui a détérioré à jamais la nature humaine et donc faussé la liberté, gratuité de a grâce divine sans le secours de laquelle l'homme ne peut pas même observer les commendements, autant de thèmes récurrents dans l'oeuvre d'Augustin. Selon lui, l'homme, handicapé à vie, est devenu dépendant.

[...]

=> querelle avec Pélage et Julien d'Eclane, qui contrairement à Augustin pense que l'homme conserve une certaine liberté.
Certains l'accuseront de placer l'homme dans la situation inconfortable d'un double déterminisme, du péché et de la grâce. Il dut préciser qu'il n'y avait pas de dictature divine, car volonté et grâce conspirent, la grâce gardant toutefois l'initiative.
D'au tres dénonçaient un fatalisme décourageant : qui vous dit que vous avez reçu la grâce pour bien faire? Et si Dieu sauve ceux qui doivent l'être qu'en est-il des autres? [...]

*« Vingt fois sur le métier... »
=> écriture des Révisions.

*L'évasion par le haut
=> mort d'Augustin, alors qu'Hippone est assiégée.


Chapitre 4: Augustin après Augustin
Bien avant la mort d'Augustin, on se passait et repassait ses écrits, on les recopiait, on les lui volait à l'occasion, avec les meilleures intentions du monde. Augustin disparu, il devient pour les siècles le maître de l'Occident, au péril des exégèses et au gré des passions du moment.

*Une bibliothèque pour héritage
=> conservation et sauvegarde des manuscrits d'Augustin par son collèque Possidius de Calama.

*« Il faut tenter de vivre... »
=> difficulté de sauvegarde en ces temps obscurs.

*La rançon de la gloire éternelle
=> détournement du discours de Saint-Augustin à des fins personnelles, mauvaises compréhensions des textes...

*La vraie postérité d'Augustin
=> une postérité très large et pas évidente à définir.


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Source: Travail de Héloïse Kunz - 15.03.2009 à 13h50 -